L'ÉROSION CÔTIÈRE D'AZLA, TÉTOUAN MAROC - PREMIÈRE PARTIE

 

À la province de Tétouan au nord du Maroc, sur la côte méditerranéenne, se trouve la plage Azla, qui fait partie intégrante de la baie de Tétouan, et de sa morphologie littorale.

Plage Azla, Tétouan Maroc

Cette baie est constituée, par des roches de trois grandes unités : les Sebtides et les Ghomarides, qui forment la plaine côtière, et la Dorsale calcaire, qui constitue les reliefs montagneux. Ayant 1500 mètres de longueur, et 15 mètres de largeur, la plage d’Azla se situe entre le cap Mazari au Sud, et la falaise gréseuse de Sidi Abdessalam au Nord, dans laquelle se jette la rivière « Baylème »,appelée encore « Oued Azla ».

Falaise gréseuse de Sidi Abdessalam au nord de la plage d'Azla
Dans cette plage, on trouve des sédiments du Quaternaire. Les sables sont gris de granulométrie moyenne, tendant vers les fins avec la présence de graviers et des débris plus gros, avec des cailloux et des blocs, dans certains endroits, voire même des galets fournis par les falaises. Les grès sont légèrement inclinés vers le sud, et contiennent quelques nodules de fer et des graviers fins.

Présence de graviers et de débris sur la plage Azla
D’autres parts, la plage regorge de potentialités naturelles caractérisées par de beaux reliefs paysagers, essentiellement montagneux dans une région à fort potentiel touristique. La végétation naturelle est sous forme de bosquets à base d'Oléastre et de Lentisque, avec quelques chênes et reboisements en Pin d'Alep à la montagne du Cap Mazari.

Cette côte est un espace dynamique en constante évolution. Elle est plus ou moins rectiligne, et soumise à des effets morpho-dynamiques qui dépendent de la typologie du littoral de la province de Tétouan. Actuellement, on est face à une accélération des constructions au bord de cette  plage, ou à l’amont de sa rivière, à l’appauvrissement de la plage en sable, et au retrait du trait de côte, sans oublier les effets du changement climatique.

Accélération des constructions sur la montagne d'Azla (2023)
Ce phénomène constitue un risque permanent de rupture de l’équilibre sédimentaire, et contribue directement à la déstabilisation de  l’écosystème naturel. La prise de conscience et la compréhension de ces phénomènes, sont absentes pour nous tous, voire même ignorés. Car nous n’avons pas d’informations de ce qui se passe dans cette plage, ou d’études sur l’évolution de son trait de côte, pour les appréhender d’une manière précise avec des constats concrets.

C’est pour cela, j’ai procédé à une étude concernant ce sujet, à partir des constats réels, que nous vivons actuellement, tout en le comparant  avec la situation qui existait auparavant dans le passé. Je me suis basé sur des investigations bibliographiques, des images de ma bibliothèque, et celles fournies par Google Earth, et enfin, des visites de terrain afin de bien préciser l’itinéraire convenable pour cette étude.

Pour mener à bien mon approche méthodologique, je vais vous présenter tout au long de cet article, les images actuelles de la plage d’Azla, en comparaison avec celles enregistrées dans le même endroit de tournage il y a dix sept ans ou plus. Cela va nous permettre d’en tirer des constats et des conclusions sur les  changements géomorphologiques, écologiques, et urbanistiques au niveau de cette plage.

Présentation du site d’Azla

La commune rurale d’Azla, était toujours confrontée aux difficultés d’accès, et de sous-équipement en infrastructure. Certes, le positionnement de sa plage a été renforcé après la création de la rocade méditerranéenne, mais ce projet routier, devra être accompagné de mesures visant à orienter l’occupation spatiale afin d’éviter  l’habitat insoluble, le recul des zones agricoles et la dégradation des paysages.

On sait également, que cette côte est l'une des zones populaires de Tétouan qui ont été les plus rapidement urbanisées, avec des afflux croissants de touristes nationaux qui font doubler la population locale en période estivale.

Entrée de la plage d'Azla (2023)
On constate déjà un changement dès l’entrée de la plage, avec un bel aménagement de la corniche, de nouvelles constructions résidentielles ont vu le jour là où il y avait des dunes importantes qui ont été  malheureusement remplacées au profit de l’urbanisation. Il y avait également une végétation littorale importante qui protégeait le front de mer. Le renforcement de la protection de la route à l’entrée et au sud de la plage, plus précisément  à « Kah el Méjri », s’est avéré  nécessaire pour éviter le glissement du terrain.

Kah El Mejri, au sud d'Azla en 2023

Ainsi, de gros travaux ont été effectués grâce à des ouvrages de drainage, transversaux et longitudinal, par ajout de grandes pierres (voir photo ci-contre), vu la situation instable de cette zone caractérisée par les glissements de talus, et des sapements de la plateforme à cause de la mer et des éboulements.

Renforcement de la route à Kah El Mejri d'Azla

De plus, les extractions de sable effectuées dans le passé, ont conduit à l’avancée des balancements des marées vers le front de la route, ce qui constitue en faite, une cause majeure de l'érosion côtière pouvant par conséquent aboutir à la disparition de la plage dans les années à venir. On peut dire enfin, que le développement de cette côte a été étendu sans aucune vision intégrée ou planification à long terme, qui tiendrait compte de la capacité de charge de cette partie du littoral de Tétouan.

Pollution des eaux côtières

Longue de 8 kilomètres, la rivière d’Azla, ou Oued Baylème,  prend naissance au massif  des montagnes Thora et Tilaouine. Elle traverse la commune rurale d’Azla pour déboucher au niveau de la plage. Cette rivière présente, un bassin versant réduit, et un régime irrégulier, caractérisé par un écoulement torrentiel en période de crues.

La rivière "Baylèm" ou Oued Azla
Actuellement, la rivière d’Azla, reçoit des eaux usées, puis les draine vers la côte. Ces eaux, sont contaminées par les charges polluantes des ménages, et des commerçants, cafés, restaurants, etc., qui constituent une menace pour la salubrité de la plage, et pour la santé des estivants pendant la période d’été.

Tout cela affecte la qualité hygiénique de la plage et de ses eaux de baignade, qui sont strictement  surveillées et contrôlées par le Laboratoire Public d’Études et d’Essais (LPEE) de Tétouan.

Plage Azla: Rejets des eaux usées
Au sujet de ce contrôle, un programme national a été mis en place depuis 2002, pour contrôler la qualité des eaux de baignade de toutes les plages marocaines, y compris Azla, et qui a fait l’objet de plusieurs initiatives réalisées par la Fondation Mohamed VI pour la Protection de l’Environnement. Mais malheureusement on constate que cette station balnéaire d’Azla, a  été déclarée à plusieurs reprises, de non conforme pour la baignade, à cause de ces rejets d’eaux usées dans la rivière et à l’insuffisance des infrastructures d’hygiène.

Oued Baylèm ou Azla

Enfin, la rivière d’Azla, est le seul apport fluviatile dans cette partie du littoral de Tétouan. Son cours d’eau ne constitue pas une source régulière pour fournir un volume sédimentaire suffisant à la côte. C’est une source trop insuffisante pour participer à l’approvisionnement en sable. Son apport est lié aux facteurs climatiques et à la superficie de son bassin versant.

Trait de côte et érosion

Le trait de côte d’Azla évolue constamment avec le temps. La plus part de ses zones perdent du terrain. Actuellement, on constate qu’il y a une perte à la fois du matériel rocheux pour les falaises, et une perte des sédiments pour la plage.

Perte de sédiments à la plage Azla en 2023

À chaque jour et à chaque instant, vous constateriez souvent sur la plage qu’il y a des surfaces couvertes et découvertes par l’eau de la marée sur l’estran.

Évolution du Trait de côte d'Azla
Le trait de côte est donc, la limite entre la partie submergée en eau du côté marin, et la partie sèche du côté terrestre de la bande sableuse. L’érosion du trait de côte est un phénomène naturel qui résulte de plusieurs facteurs :

Tout d’abord, on peut citer les vagues qui constituent  la source d'énergie pour l'érosion côtière, et transportent le sable de la plage, car l'origine des vagues est la houle, et l'origine des deux est le vent. D’autre part, la source la plus importante des vents étant marine, car elle contient des pressions atmosphériques très élevées. Le déferlement des vagues, crée un mouvement latéral des sédiments qui sont emportés par les eaux turbulentes et renvoyés au large par les courants marins.

La baie d'Azla par Google Earth
 De ce faite, on voit que la côte d’Azla n’est plus à l’abri de ces aléas climatiques, car vu sa morphologie géographique, elle se caractérise par une baie moins profonde susceptible d’être exposée facilement aux dangers des tempêtes et des houles. Ici en hiver, on assiste fréquemment à une érosion du haut de plage, car les sédiments se transfèrent vers le bas de plage et par suite vers le large.

Les houles de tempêtes des années 1989 et 1990, sont très significatives à cet égard. De fortes houles étaient à l’origine de la destruction du mur de protection à l’entrée de la plage d’Azla.

Nouveau renforcement de la route à l'entrée de la plage

Ancien mur de protection détruit
Ce site d’Azla appartient à l'âge Pliocène, recouvert par des dépôts de sédiments quaternaires où dominent les éléments de Ghomarides situés principalement dans les paléo-canaux.

Roches d'Azla en 2023
La masse rocheuse de cette partie de la plage, est composée d'un mélange de dépôts de cendres volcaniques de radiolarite et de pyélite. D’après des chercheurs scientifiques, les études de ces roches ont montré, qu’il y a d’une part l’existence d’un épanchement volcanique sous la surface de la mer, et d’autre part, l’existence d’un lien entre volcans explosifs, et volcans en écoulement.

Vue entre deux roches (année 2012)

Étant fragiles, les roches d’Azla, subissent tout au long de l’année, des pressions énormes  issues des tempêtes.

En plus, le cours d’eau de la rivière Baylème, est trop faible pour enrichir la plage en sédiments pour manque de précipitations régulières de pluie dans cette région. La végétation des falaises et des hauts de plage, se détériore de plus en plus, d’où un effet négatif sur son rôle de protecteur contre la mer, et de stabilisateur pour la terre.

La végétation des falaises (année 2000)

Vue sur une falaise d'Azla en 1996
Je me souviens de l’état de cette côte à falaises dans les années quatre-vingt dix, où il y avait un écosystème très riche en biodiversité.

 

Entrée de la plage d'Azla (année 2023)
Actuellement, ces falaises sont devenues très fragiles, et exposées aux effets du changement climatique. En outre, et vu  leur nature pétrographique, les apports côtiers restent faibles, dans cette partie du littoral de Tétouan.

Écrit par Abdelkader OULAD. EL HAJ

23 Novembre 2023

 

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