L'ÉROSION CÔTIÈRE D'AZLA, TÉTOUAN MAROC | 2ème PARTIE

 

ANALYSE DU TRAIT DE CÔTE D’AZLA 

Pour analyser le trait de côte au sud de la plage d’Azla, située à la province de Tétouan au nord du Maroc, j’ai envisagé deux interprétations dans cette étude. La première, consiste à identifier, la limite du trait de côte, grâce à des images satellitaires, ce qui va nous fournir une idée au niveau des séquences sableuses, et de la croissance démographique du site. Quant à la deuxième interprétation, elle tient compte, de l’emplacement actuel des roches par rapport à cette plage, en particulier à son trait de côte, avec une comparaison de ce qui existait dans le passé, à ce même endroit, objet d’étude.

Photo 1 : La baie de la plage d’Azla au sud près du Cap Mazari.

1ère Analyse du trait de côte:

Pour délimiter la ligne d’humectation sur la plage d’Azla, j’ai choisi les images satellitaires depuis l’application de « Google Earth Pro », en choisissant les périodes d’été pour les années allant de 2006 jusqu’à 2023, afin d’entamer une analyse diachronique de la ligne du trait côtier, sur un intervalle temporel de ces années passées. Les séquences d’images suivantes (photo 2), nous montrent plus ou moins bien, l’évolution du trait de côte pour cette plage.

Photo 2 : Images satellitaires (Google Earth) du trait de côte au sud de la plage d’Azla (2006 – 2023).

Visuellement, concernant l’évolution de cette ligne côtière, je ne vois pas clairement de modification, ou d’impact au niveau de la dynamique du trait côtier de cette plage.

Mais, il y a des rétrécissements ponctuels de la largeur de la côte, qui débute dès l’entrée de la plage, puis au centre à l’embouchure de la rivière, et enfin, en direction du sud à proximité du Cap Mazari. 

En fait, je trouve cette méthode, insuffisante pour en tirer une conclusion nette, sur les courbes d’évolution du trait de côte d’Azla. Néanmoins, cette analyse m’a permis de détecter des changements d’ordre morpho-paysager, qui ont affecté le centre d’Azla au niveau démographique et de l’habitat, à proximité de la route et au bord de la rivière Baïlème.


Photo 3 : Oued Baïlème, au centre de la plage d’Azla.



On constate alors, que le nombre de ménage a augmenté pendant la dernière décennie, avec un rythme d’accroissement très élevé, au niveau de cette zone géo-référencée, sachant que la population de la commune d’Azla,  s’élevait à 16128 habitants d’après le recensement général de la population de 2014, avec un taux d’accroissement moyen annuel de 2,49% par rapport au total de la province de Tétouan.

Concernant la rivière Baïlème, je constate qu’il y a une forte concentration d’habitations, tout au long du trajet de son passage, surtout après 2012, l’année de construction de son nouveau pont.

Photo 4 : Vue sur la rivière Baïlème depuis son nouveau pont.


Quant à l’évolution de son cours d’eau, l’apport  fluviatile est très faible et irrégulier, durant toutes ces années d’analyse (voir photo 4), et ne pourrait  être un vrai milieu dépressionnaire pour rassembler la masse sédimentaire et permettre le cumul des dépôts sableux pour la côte.

2ème Analyse du trait de côte:


Le trait de côte, peut être interprété également par une comparaison de photos, prises à la plage à un endroit spécifique avec des points de repère bien définis. Grâce à des recherches fructueuses, j‘ai pu obtenir un jeu de prise de photos, capable de détecter la position des roches de cette côte. 

Les images suivantes, montrent un net rétrécissement de la largeur de la côte au sud, avec l’avancement progressif de la mer. À partir de l’année 2012, la mer commence à engloutir les roches, qui étaient presque à moitié en eau de mer (photo 5).

Photo 5 : Images satellitaires des roches N°1 et N°2 prises au sud de la plage d’Azla.

Mais pour étudier ce sujet d’une manière concrète, je dois observer tout d’abord,l’emplacement actuel de ces roches, où le niveau de la mer a augmenté d’une façon inquiétante, qui a attiré mon attention. 

Photo 6 : Les roches, au sud de la plage d’Azla.

Pour ce faire, je me suis approché directement à cet endroit merveilleux que vous voyez dans la photo N°6, afin de contempler réellement les roches de sur cette partie de côte d’Azla. Cependant, et suivant la situation morphologique de l’année 1996, on observe que l’emplacement de ces  roches par rapport à la plage, était différent à la situation actuelle que représente cette photo.

Photo 7 : La végétation sur les dunes au sud de la plage d’Azla  entre 1996 et 1999.








Vous remarquerez, qu’en 1996, la végétation existait sur la dune, où je me trouvais lors de cette prise de vue (photo 7). Cette végétation retenait une partie du sable, en assurant une bonne conservation du stock sédimentaire pour cet endroit. Quant au sable en haut de plage, il était très important, et  jouait le rôle de réserve, et de  protecteur lors des événements de tempêtes.




Étude de la position des roches sur la baie 


D’après une capture d'image prise en 1996 (photo 8), on voit que toutes les roches, étaient plus ou moins éloignées du trait de côte, avec un passage sec sur la plage pour les baigneurs et d'autres visiteurs.  Aujourd’hui, ce passage est complètement disparu du paysage sur cette partie de la côte. Il a été rempli par de grandes pierres supplémentaires mises par les services routiers pour renforcer la falaise près du pont de « Kaah Al Mejri » contre le glissement de terrain (voir photo 9).
Photo 8: Les roches, au sud de la plage d’Azla entre 1996 et 1999.

Photo 9: Comparatif du trait de côte à « Kaah Al Mejri » au sud de la plage d’Azla pour les années 1997 et 2023.


À titre indicatif, et pour étudier l’emplacement de ces roches de plus près, j’ai marqué deux points de repère concernant les roches objet d’étude, afin de  repérer ces dernières dans leurs états actuels en 2023. Voici une capture d’image de ces roches, avec leurs numéros d’étude correspondants (voir ci-contre). Le point de repère pour cette interprétation, n’est autre que la grosse roche, qui se trouve au milieu de la photo suivante (N°10), que j’avais prise en juin 2012. 

Photo 10 : La roche numérotée 1, au sud de la plage d’Azla.

Cette roche numéro 1, si on la regarde de son côté droit, on observe qu’il y avait une partie de la plage, sèche et éloignée de la mer, qu’on pouvait traverser facilement à pieds. Cette prise de vue, extraite d’une vidéo que j’avais filmée en 2012, nous offre un exemple éloquent, si l’on compare son paysage, avec celui qui existe actuellement en 2023 !

Ainsi, en l’espace de onze ans, la roche est devenue submergée par de l’eau, et se trouve à l’intérieur de la mer, aux environs trois mètres ou plus du trait de côte. 





Photo 11 : L’emplacement actuel de la roche 1 en comparaison avec l’année 2012.
On peut remarquer également ce phénomène pour la roche numéro 2, que vous voyez sur cette capture relative à une scène que j’avais filmée en 1997 (voir photo ci-dessus).

Cette capture d’image, nous montre que la roche, était dans l’eau auparavant, mais non loin de la côte. Aujourd’hui, la situation a complètement changé. L’élévation du niveau de la mer est en constante évolution. On constate nettement, que les positions initiales des roches 1 et 2, ont beaucoup changé en l’espace de 13 ans. Ces mêmes roches sont maintenant à l’intérieur de la mer, très loin de la côte (voir photo 13).

Photo 13 : L’emplacement actuel des roches 1 et 2 au sud de la plage d’Azla.

Ce phénomène de réchauffement climatique, commence à devenir de plus en plus fréquent, au nord de la plage d’Azla à proximité de Sidi Abdessalam, et au sud, dans l’endroit appelé « Kaa Al Mejri ».

D’après cette analyse, je peux dire que dans un intervalle de onze ans, c'est-à-dire de 2012 à 2023, cette partie du littoral de Tétouan,  a connu un schéma érosif très important. Le recul de son trait de côte a atteint, en ce lap de temps, presque 3 mètres au nord et 4 mètres au Sud de cette plage.

Actuellement, à peu prés 70% de la surface globale de cette plage, est entrain de s’éroder, depuis l’entrée de la plage que vous voyez maintenant, jusqu’au Cap Mazari au sud. En fait, si j’applique ces données par images superposées, sur la photo suivante de 2023, vous seriez surpris d’un résultat éloquent qui montre clairement le recul du trait de côte par rapport à sa position initiale de 2012, du moins, pour cette partie de la plage d’Azla.


















Photo 14 : Avancement de la mer sur la côte au sud de la plage d’Azla 

Grâce à cette étude systématique sur le terrain, nous avons pu constater clairement, que la plage d'Azla a commencé à se rétrécir à un rythme très rapide, en perdant une grande partie de son territoire sec. Cela nous apparaît nettement au niveau de 2 points d’érosion massive sur cette côte :

D'après les images satellitaires, et mes visites de terrain sur ce site, j’ai pu constater deux points d’érosion très importants :

Tout d’abord que la région située à l'entrée de la plage d'Azla, près des dunes de sable de « Sidi Abdeslam  del Bhar », où la surface sèche a reculé d’environ  2,5 mètres du littoral que nous connaissions dans le passé (Voir ci-contre). Cet endroit est considéré comme l'une des régions les plus dangereuses, et les plus menacées par des inondations et des tempêtes tout au long de l'année.Cet endroit a connu et connaît encore, d’énormes pertes dans ses structures sédimentaires enregistrées en continu depuis plusieurs décennies.


                                                                                            On trouve également   un autre point  d’érosion
     beaucoup plus sensible que le premier, et qui situe  au sud de la plage d'Azla, et plus précisémentse situe au sud de la plage d'Azla, et plus précisément à   « Kaa Al-Mejri » (photo N°16) qui constitue un autre danger d’érosion côtière où la surface sèche a complètement disparu sur cette partie de la plage, en raison de l’avancement de la mer  vers l'intérieur de la falaise  qui maintient  la  Nationale 16, la route qui mène à Oued Laou et à d'autres villages via la montagne du Cap Mazari.
       

    Malgré de nombreuses tentatives pour soutenir la route d’une façon anarchique, avec des pierres et rochers, le danger de la submersion marine persiste toujours, non seulement au niveau de cette route, mais aussi sur toute la commune rurale d’Azla.

CONCLUSION ET PERSPECTIVES

     La plage, joue un rôle important dans la protection du village contre la submersion marine, pendant les tempêtes. Elle absorbe une grande partie de l’énergie des vagues pendant les mauvais temps, et quand il fait beau, ses vagues, ramènent le sable vers le haut de plage. Outre les effets du changement climatique, et les prélèvements de sable effectués dans le passé, le facteur humain, continue de jouer un rôle défavorable dans l’évolution du trait de côte. Comme nous l'avons vu, on constate qu’il y a une forte concentration d’habitats  au bord de la route, à proximité de la plage, et sur certaines zones montagneuses. Il y a également une destruction progressive des dunes aux fins de nouvelles constructions, et une pollution alarmante de la rivière.


     Cette urbanisation massive, prive la mer d’un stock de sable qui sert à atténuer la puissance des vagues et des courants, et à réduire leurs effets érosifs. Même le piétinement des baigneurs, pourrait conduire à la remobilisation des sables par le vent.  

       L’érosion du trait de côte d’Azla, s’accentue de nos jours sous l’influence de ces facteurs, qui perturbent l’équilibre dynamique côtier, et aggravent par conséquent, le phénomène d’érosion que nous vivons actuellement.  

       La  commune rurale d’Azla, se voit ainsi exposée à un risque d’inondation par une submersion marine, où la tempête peut faire pénétrer l’eau de mer à l’intérieur du village en détruisant toutes les infrastructures installées à proximité de la plage, et au bord de la rivière. Cette situation désastreuse pourra provoquer malheureusement, d’ici quelques années, la disparition définitive de cette plage. 

Pourrions-nous encore sauvegarder cette plage et éviter la grande catastrophe dans les années à venir ?

      par  Abdelkader  EL HAJ  

      Le  20/09/2024 15:40  Tétouan, Maroc.


Vous pourriez voir la vidéo consacrée intégralement à cet article et merci pour vos encouragements.










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